Inventaire avant liquidation

19 mars 2019

Je baisse

mardi 1er janvier 2019  Je baisse  Il n’est pas midi, et je ne devrais pas décider déjà du moment fort; mais je crains que celui-là ne propage ses remous sur la journée entière, qui ne manque pas de merder, quand je l’ai mal commencée. En un mot, au lieu de consacrer ce matin à l’écriture, je viens de perdre deux heures  cruciales dans des comptes chinois, d’abord à calculer les sommes fantastiques que m’a rapportées mon épargne en 2018, dans les 3‰ tous placements confondus, alors que j’ai pu m’aviser récemment que j’étais à peine plus libre de remettre la main sur mon fric que si je l’avais investi dans l’immobilier. Mais passons là-dessus, les temps sont difficiles, je n’ai jamais prétendu m’y débrouiller, et au surplus je ne suis pas à plaindre : l’inexplicable, ou l’explicable seulement par une flopée de neurones niqués, c’est que j’aie pu consacrer tant de temps à placer d’un côté mon dernier relevé de compte, de l’autre ce qui apparaissait à l’écran, et à faire les soustractions. Mais ce ne serait rien encore : embrayant sur ma balance de la semaine et du mois, je commence par comparer ce qui me reste avec les dépenses notées : les erreurs qui se compensent (je ne sais si elles portent un nom spécifique en comptabilité) sont résolument traitées par l’ignorance, mais deux semaines sur trois, si peu que j’aie empletté, ça tombe faux d’une bagatelle, qu’il m’arrive de passer longtemps à rectifier. Cette fois, impossible de retrouver trace d’un euro excédentaire : je vérifie la semaine précédente, elle équilibrée, et où je retrouve, effectivement, un euro de surfacturation : c’est donc l’équilibre qui ne s’explique plus. Le regard monte de quelques crans… Saperlipopette! Ce Pléiade II d’Ormesson que j’ai offert à ma mère (au moins on ne me taxera pas de viser à la récup post mortem!), eh oui, il valait 10 balles de plus! ajoutés, va savoir pourquoi, à ma facture Orange, dans une autre colonne… Je vous la fais courte : ces super-comptes, après une semaine sans complication aucune, étaient truffés d’erreurs, moins de calcul que de mémoire (à la lettre, celle des chiffres ne tient pas trente secondes : pour transcrire correctement un chiffre d’un fichier à un autre, il faut que je le note sur un bout de papier) et de lecture : c’est une fois sur trois désormais que je lis un 6 à la place d’un 8 ou un 7 à celle d’un 1. Je n’en fais pas un drame, et j’ai bien raison, mais à force de trous il ne va plus rester de gruyère, et qui s’interrogera alors sur le moment? Sur celui du raccourci, surtout? C’est bien joli de répondre que je me sens bien, et qu’un légume qui se sent bien est libre de léguminer. Mais la frénésie de colmater les brèches du temps suffit peut-être à attester que je ne me sens pas si bien que ça. Je n’aime sacrément pas, en tout état de cause, me voir avec vingt-cinq ans d’avance dans le rôle qu’avait adopté mon père, d’une révolte, d’une prétention à être obéi en tout que la cervelle ne secondait plus. Je le sens bien, que si je laisse monter la merde, au prétexte que mon corps va mieux, il n’y aura bientôt plus personne aux commandes pour prendre la décision d’en finir. Je me fous de la dignité, de l’élégance, je ne vais pas claquer cet hiver pour tenir la promesse que j’en aurais faite. Je ne vais pas me tuer pour la galerie! Mais il ne faut pas se cacher que l’espoir de trouver du nouveau in extremis, surtout avec ces benzos qui réduisent tous les jours mon cheptel de neurones, est illusoire. Que la solitude se referme sur moi, et qu’elle est parfois passablement pesante. Quand je vois ma mère guillerette à 96 berges… mais elle a pris le parti de ne sentir et de ne penser que ce qui renforce l’estime-de-soi, donc le bonheur. Et comme du même coup l’estime de ceux qui vous traitent bien s’en trouve magnifiée, pas la peine de chercher plus loin le secret de son succès. Pour elle, Foutrange n’est pas un poivrot, parce que c’est un ami. Ex-vision “féminine”, avec sa grille de sortie en sympa-ou-non, et qui, remplaçant le vrai-faux, a conquis tout le monde ou presque. Il serait temps de m’y mettre.

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18 mars 2019

Goûts et aliénation

lundi 31 décembre 2018  Goûts et aliénation   Noël n’est rien depuis une quinzaine d’années. La Saint Sylvestre ne fut jamais rien. Tout au plus si j’entendrai péter les feux d’artifice, sans faire les deux pas qui me séparent du balcon. Causons plutôt musique, car le trouble que me causent mes désaccords, et plus encore mes accords avec ces connards de clients d’Amazon soulèvent des questions d’identité profondes.

     Je fus au nombre des premiers acheteurs du coffret Mozart de Brilliant Classics, vers 2005, par là, à une époque où l’e-commerce m’était encore inconnu : je n’attendais pas la lune de ces 170 disques, et c’est sans doute pourquoi elle me fut presque fournie, via les concertos et la musique de chambre, les sonates pour violon et piano, notamment, dont j’ignorais tout auparavant. À côté de ça, beaucoup de daube, surtout dans les œuvres vocales; les messes de Mozart ne m’ont jamais élevé l’âme; et treize ans plus tard, je ne me suis toujours pas tapé ses premiers opéras. Peu de temps après les 170 Mozart tombèrent les 155 Bach, baleine d’ennui s’il en fut, dont je ne sauverais pas dix disques de musique instrumentale : concerti pour violon, Offrande musicale… Mais comme je ne possédais, des cantates, œuvres pour orgue et pour clavecin, qui forment les quatre cinquièmes de ce coffret, aucune interprétation satisfaisante, j’étais tout de même fondé à me demander si l’espèce de postulat qui fait de Bach l’incontesté Prince des Musiciens n’était pas, sinon une blague pure et simple, du moins tout à fait en marge (et très au-dessus) de mes sensations : il fallait d’abord savoir si c’était bien “le Cantor” (comme l’appellent, sur Amazon, les membres du Club des Testeurs, qui semblent recopier des pochettes de disques, et recueillent un nombre écrasant de suffrages, surtout quand ils louent… et détaillent le contenu des coffrets) qui m’emmerdait à ce point, et non l’interprétation de ses œuvres, ou l’affreux effet de masse d’un corpus péniblement monotone. Après tout, ils ne sont pas rares à se plaindre que les cantates Brilliant manquent… d’à peu près tout : « Possesseur de l'intégral Mozart et client avide de Brilliant et Naxos, pour dire que je ne suis pas effrayé par les musiciens n'ayant pas le renom des grandes stars, et n'ayant que très peu de JS Bach l'aubaine était trop tentante de combler le trou béant de ma discothèque par ce coffret. [Dito!] D'autant que j'ai grandi au son des musiques sacrées et de la cantate dominicale sur France Musique, seule occasion où j'écoute de la musique religieuse avec délectation. Allais je retrouver ce bonheur avec ce gros coffret?

Et bien non. Les cantates religieuses sont très mal mises en place enregistrées sans doute au kilomètre par des musiciens sans doute pressés par le temps et n'ayant pas pu insuffler la ferveur la tristesse ou la joie à leurs interprétations.

C'est brouillon. Sans vie

Cela coupe l'envie d'aller voir les autres oeuvres et interprêtes. » À part brouillon, sans rapport avec le contexte, et mises en place, dont le sens m’échappe, et peut-être au signataire de même (si au moins le verbalisme satisfait de tous ces écrivants m’incitait à traquer le mien!), je contresignerais : je me sentirais donc porté à lui faire crédit de ce que je n’ai jamais constaté moi-même : qu’il y avait quelque chose à ouïr dans d’autres interprétations. Pour ma part, je ne connais à peu près des cantates de Bach que ces merdes pâles. Mais va-t-en savoir ce que je ressentirais, frappé de plein fouet par mon premier Bach, comme Magnan débarquant au Contadour. Si ce “trop à la fois” n’est pas générateur de nausée avant même la satiété? Il se trouve un type pour vitupérer ce “Bach au poids”, il est trop con par ailleurs pour être citable, mais il ouvre une piste. Il est probable que le gros des “réfractaires aux coffrets” sont des vieux jetons angoissés de voir leurs chères œuvres favorites, amoureusement emplettées une à une, en vinyles d’abord, puis en CD, devenues indiscernables dans cette fosse commune. D’autre part, je suis (ou étais) spécialement sujet à cette perversion de donner du prix à tout ce que possède, en écoutant, au moins de temps en temps, mes mauvais disques : le nombre en a eu raison, mais c’est par une indéniable faculté d’aplatissement.

     L’énorme coffret Haydn (toutes les symphonies, la plupart des quatuors, les œuvres pour clavier, etc : ils ont préféré laisser de côté le plus gros de la musique vocale) ne m’a pas causé les mêmes troubles, au contraire, puisqu’à quelques exceptions près il m’a fait découvrir les seules œuvres de ce fade pion que j’aie jamais écoutées avec plaisir : certains trios avec baryton (probablement parce qu’il est plus facile de placer les micros) et les Sept paroles du Christ en croix, version piano. Naturellement, attendu ma façon d’“écouter”, je ne puis exclure d’avoir loupé une symphonie ou un quatuor sublime, au cas où le fer à repasser de l’interprétation (ou de la prise de son) en aurait laissé quelque chose. Il me turlupine tout de même que les évaluations soient presque toutes élogieuses : « Il s’agit d’une très belle collection, bien interprétée et très exhaustive (quasi intégrale) de la géniale musique de Haydn, le plus grand inventeur de musique de tous les temps (la symphonie, le trio avec piano, la sonate classique pour piano, le quartet, le lied). Moins spectaculaire que les créations de son élève Beethoven et prenant moins “aux tripes” que celle de son ami Mozart, la musique de Haydn est en revanche parfaitement équilibrée, d’une beauté émouvante et traduit le mariage du génie avec une belle âme hors paire. C’est une source inépuisable de bonheur, dont aucun mélomane ne devrait se priver. Je pense que l’on peut classer sans hésiter Haydn juste derrière les dieux Mozart, Bach et Beethoven, mais à courte distance, partis les plus grands compositeurs de tous les temps. » Aucune illustration concrète de cette “beauté émouvante”. Comment ce type écoute-t-il, si toutefois on lui accorde de n’être pas complètement creux? Comment peut-on supporter tout ce fatras monochrome, autrement que comme bruit de fond?

     Toute la musique baroque reçoit, chez Brilliant classics, un traitement identique : la platitude ou l’aplatissement de Bach et de Haydn subissent la concurrence d’un exécrable Telemann (bien qu’ils aient renoncé à l’intégrale), d’un Locatelli littéralement nul, et même de Vivaldi! Un compositeur si tonique, parfois si émouvant… mais ce qui m’en avait touché demeure soit introuvable, soit lessivé, et, pour le coup, rien ne le remplace. Or il semble que jamais cette dénaturation ne soit évoquée par les clients d’Amazon, qu’ils soient laudateurs inconditionnels ou cherchent des poux aux interprètes ou ingénieurs du son. Qu’en font-ils, de ces coffrets? Même s’ils n’écoutent que deux ou trois CD avant de placer le tout sur l’étagère, ne sentent-ils pas ce néant? N’existe-t-il que dans ma pauvre tête? Le soupçon me saisit d’une immense frime englobant tous les mélomanes, depuis ces snobs, au festival, qui estimaient le concert perdu s’ils ne voyaient pas les mains, jusqu’à ces dizaines de niais phraseurs et dithyrambiques, que des centaines de plus sots approuvent. Une frime pire que la mienne, c’est ce qui me scie, sachant combien j’ai peu d’étoffe. Seigneur! Et-ce que les autres, tant d’autres, seraient pires, tellement pires, tellement inexistants qu’ils n’osent même pas se poser la question, de peur de se déliter? Tu me diras qu’il y a une réponse bien simple : ils sont autres, tout bonnement. Prends ce Boccherini, ce que Brilliant Classics a produit, selon toi, de plus incolore, et auxquels tous les intervenants donnent 20 sur 20;ois ce qu’en déclarent les moins bêtes : « Je possédais déjà une quinzaine de disques de Luigi Boccherini; et l'appréciant particulièrement, je me suis décidé pour trente-sept autres disques... J'ai été bien inspiré, car ces enregistrements, dont je connaissais quelques uns, sont d'une qualité d'interprétation exceptionnelle, le mot n'est pas trop fort ! Certains instruments sont anciens, le jeu des artistes est extrêmement délicat, et met particulièrement en relief chaque subtilité de la partition. C'est une merveille. Bravo à Brilliant Classics pour cette conjonction à la fois de la qualité et du tarif, très compétitif. » Ce type existe, il a écrit trois commentaires dans son entière existence, il n’est pas payé, pourquoi ses sensations et ses plaisirs ne seraient-ils pas différents des tiens? Pourquoi ne relèverait-il pas des subtilités qui t’échappent, ou ne transmuerait-il pas, comme cet autre, tes vices en vertus : « Boccherini a en commun avec Vivaldi d'avoir pondu en grande série. Mais que de saveur dans la redite! Le charme est constant et, de disque en disque - il y en a 37 ! - le plaisir ne se dément jamais », etc. De fait, je ne me plains pas de la série, si l’élément en est beau. Mais qui donc va se fixer l’objectif d’écrire 100 quatuors et 125 quintettes presque identiques? On écrit toujours le même roman, je veux bien, mais il n’est pas follement souhaitable   que ça se voie! Et puis… Revenons au coffret Bach : un plouc se plaint : « A mon grand regret, toute l’œuvre pour "klavier" est jouée au clavecin! Et un peu de clavecin ça va mais mes oreilles n'en supportent un CD entier. J'aurais préféré que ce soit au piano comme on la joue souvent mais cela n'était pas signalé, hélas. Ceci dit si vous aimez le clavecin pas de problème. » Si vous aimez la merde non plus, remarquez… D’abord, ce n’est pas tant le clavecin que ce clavecin-là, qui est assommant. Et surtout, y a-t-il équivalence de goûts? Quel musicien, sinon “pour changer un peu”, “pour faire ancien”, écrirait pour le clavecin quand il dispose d’un piano? Bach aurait-il hésité un instant? Je n’arrive pas à admettre que préférer une Buffet-Crampon à une clarinette de roseau à trois trous soit une simple affaire de goût, à ce qu’il n’y ait aucune hiérarchie objective, aucune différence entre : « J’aime ça » et « C’est beau », qui selon moi implique que d’autres, à la limite tous les autres, devraient aussi l’aimer… avec les risques que cela comporte.

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17 mars 2019

Un faux accord dans la divine symphonie

dimanche 30 décembre 2018  Un faux accord dans la divine symphonie  Van Cauwelaert est évidemment moins grotesque qu’une Patricia Darré, trop inculte pour se rendre compte qu’il ne suffit pas, pour inventer un dialogue avec l’ombre de Gilles de Rais, d’émailler des banalités de termes vaguement moyenâgeux. Mais il n’est pas la simple dupe de prétendus médiums, guérisseurs et voyantes, bien qu’on ne puisse exclure qu’il la soit aussi : on serait étonné, je crois, de découvrir combien de menteurs ne peuvent même pas concevoir que d’autres qu’eux puissent bourrer le mou. Car c’est d’abord un menteur qui occulte sciemment les objections des zététiciens, et compte bien que ses lecteurs ne seront pas les leurs. Il est probable d’autre part qu’il invente toutes les prétendues expériences de l’au-delà qu’il aurait faites sans témoin : le soin qu’il prend de rendre anodine une visite de son père trans mortem pourrait berlurer un néophyte, mais quand on a, une ou deux fois, vérifié ses dires (sur Eben Alexander, par exemple, et autres N.D.E.), on est fondé à révoquer le reste en doute. Cela posé, non seulement j’ai sauté sur le tome deux de son Dictionnaire de l’Impossible comme la vérole sur le bas-clergé (et à dix balles, débours que je réserve d’ordinaire à des ouvrages plus cotés!), mais je me suis incontinent mis à le dévorer, bien qu’à l’évidence l’auteur gratte les fonds de jarres, et que cette deuxième cuvée soit dix fois moins stimulante que la première. Il n’empêche que c’est de la même peurqu’elle m’insuffle une mouture affaiblie. Qu’y a-t-il d’authentique dans toutes ces guérisons miraculeuses, dans ces groupes de prières, tantôt efficaces et tantôt pas, dans ces apparitions, ou simples manifestations, de défunts? On nous en balance tout à coup un paquet, « ils ne peuvent tous affabuler » paraît la réaction du bon sens, mais ces zozos ne sont-ils pas, à l’évidence, extrêmement minoritaires? 30% de Français croient en une vie après la mort; mais une croyance n’est pas une certitude, et si l’on n’a pas recensé avec précision les gens qui ont vu ou ouï des morts comme je vois mon écran, n’est-ce pas parce qu’ils forment une fraction trop infime de la population? Tout cela semble relever de l’évidence. Mais quand je m’immerge dans Cauwelaert ou autre bidonneur de l’empathie-qui-change-le-monde, la réponse monte, irrésistible : « Qui donc as-tu assez aimé pour qu’il remonte des abysses te donner le tuyau qu’on survit? » Et c’est vrai que si je considère les exemples de reconnaissance active ou de simple piété filiale qui me passent  sous les yeux, ce jeune quarteron, deux étages plus bas, qui rend visite tous les jours à sa mère impotente, fait ses courses, etc, ou Yasmine, la seule de la famille à être allée jusqu’au Bac, qui elle aussi, toute chieuse qu’elle est, renvoie l’ascenseur à l’estaminet paternel, ou ma propre frangine, qui perd ses week-ends dans les trains… un mec comme moi, qui n’a rien à faire de son existence, et n’en consacre pas le centième à ses vieux parents, un type à ce point emmuré dans l’égoïsme, à vue de nez, ça semble plutôt rare. Qu’on me lâchât comme un étron ne serait que justice, et la plupart du temps ça m’arrange. Mais il est certain que si cette sensiblerie si gnangnan, cet esprit de sérieux que je devrais appliquer à tout, moi plus que tout autre, qui me considère comme gravement traumatisé sans déceler en quoi et pourquoi, si cette niaiserie féminine (ou dragueuse) qui fait d’un lol une contravention, d’un effleurement un délit, et d’une mercuriale réussie un crime, ce Zeitgeist en un mot, est dans le vrai, avec ou sans l’aide d’un Dieu, il me semble, moi qui ne vis que de m’opposer, que de négation, pour comble inefficace, de fait sinon par principe, je suis comme le diable d’un monde athée, ou une simple erreur… Je ne peux même pas m’imaginer au sein d’un groupe de prière tendu vers une guérison miraculeuse. Estoquer les pourris, les menteurs, les manipulateurs, oui. “Enseigner” au sens de montrer ce qui ne va pas, oui. “Soigner” en tendant un miroir peu flatteur, oui. Mais tous ces “oui” au non, autant d’aberrations… Oh, bah, merde! « Lazare, rendors-toi! » La punition éternelle  n’est pas à la mode non plus; et je n’aurais garde de demander mieux à l’au-delà que l’inexistence. Elle ne me plaît pas tellement quand je la vois dans l’œil de l’autre, déjà installée aux trois quarts. Mais il n’est pas requis de la “regarder fixement”.

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16 mars 2019

Lettre recommandée

samedi 29 décembre 2018  Lettre recommandée   Prémonition? Je désespérais de mon moment du jour, errant sans lanterne dans une platitude sans limites… Et s’il m’attendait dans la boîte? Gagné : l’immonde avocat verdâtre (var : le brave homme dévoué que j’enduis sans relâche de bave toxique) qui préside aux destinées de ma tour pour la cinquième année consécutive arrive à point nommé pour me le fournir. Il est d’ailleurs surprenant qu’un si bon bout du jour ait passé sans que ça me titille d’aller voir, la crainte m’ayant plusieurs fois effleuré qu’il ait fait toucher, il y a trois mois, mes neuf mois de charges, plus de mille balles, par un complice devenu intraçable… Sans doute, craignant plus les démarches que le débours, me suis-je arrangé pour n’y point penser avant la fermeture de ma banque. Et devrais-je remercier Allah que le maîmaître ne me vole (ou du moins ne tente de me voler, que 78,30 €, alors qu’il m’en offre, par ailleurs, via une boîte prétendument “indépendante” 3557 de subvention spéciale aux “revenus très modestes”. Par moments, je me fais à moi-même à moi-même l’effet d’un affreux ingrat, quand je lis des chiffres comme ceux-ci : travaux de “mise en sécurité, 860000, quote-part individuelle 11180 €; subvention aide copropriété : 4408 €; aide individuelle : 3557 € (due à ma quasi-indigence, telle qu’elle ressort de mon impôt sur le revenu). Reste à régler : 3293,30. Eh oui, je crois qu’il faudrait porter des lunettes en bois pour ne pas apercevoir au premier coup d’œil ces centimes incongrus. 11180 – (4408 + 3557) = 3215 €; 3293,30 – 3215 = 78,30 €, soit le montant exact de la facture que j’ai jointe à mon dernier chèque de 1068,94 €, défalquée qu’elle était de 386,78 x 3 = 1160,34 €. Merdre, ça ne colle pas… Mais si! 13,10 de crédit antérieur! Je ne m’attendais pas, de la part d’un sire qui brasse (et probablement engrange) des montagnes de fric, à de tels prodiges de petitesse. « Erreur de comptabilité ou abysses de mesquinerie? » Belle formule, mais le II est infiniment probable, puisque justement la compta ne semble pas s’être trompée du tout. Vais-je mettre le feu au lac pour moins de 80 balles alors qu’on me fait cadeau de 3557 – et plus encore, au regard de ce que j’aurais payé d’ascenseurs aux tantièmes en vigueur. Mais c’est bien aussi pourquoi cette canaille me paraît se doubler d’un con. Escroc gâté par l’impunité, ou honnête imbécile qui me châtie de lui avoir manqué de respect? Je crois que son effort de faire gonfler les factures par son acolyte n’est pas discutable. Merde! Branle-bas de combat! Une intro s’impose!

                                 « Maître,

     Veuillez trouver ci-joint un chèque de 3215 € représentant ma quote-part des travaux de la Tour St Mahom. Les chiffres ne sont pas mes amis, mais si je me fie à ma calculette, il est impossible que 11180 – (4408 + 3557) égalent les 3293,30 qui me sont réclamés. Je suppose qu’ Il serait naïf d’imputer au hasard que le produit de la soustraction donnesoit 78,30 €, c’est-à-dire la somme exacte (et infime) que j’ai consacrée à l’étanchéisation provisoire du toit, et dont je vous ai envoyé la facture il y a trois mois, en défalquant le montant de celui de mes charges. Erreur, oubli, mesquinerie sordide? Vous prétendiez avoir sursis à cette étanchéisation parce que le devis était excessif. Quand on jongle avec des sommes jouxtant le million, trouver excessive une dépense de 78,30 €, ce serait pour le moins saugrenu. Et en tout état de cause, cette somme n’a pas à être ajoutée, que je sache, au spécifique “Appel de Fond [sic] Travaux de Mise en Sécurité”. » Le lascar, qui a dû passer trente ou quarante ans de sa vie à gérer des fonds, préalablement barbotés ou non, semble ignorer la différence entre un fonds de roulement et le fond du problème. Mais je ne signale les fautes d’orthographe que lorsque je cite, et ne veux les prendre à mon compte – ayant un peu honte de ne savoir que ça, et, même de ça, le savoir si peu. Entrons dans le gras du sujet, et préparons les procès à venir :

     « Vous avez publiquement déclaré lors de la réunion du CS du 6 septembre 2018 qu’il était exclu que la subvention fût retirée. En prenant donc acte »… Mais j’ai déjà transcrit tout cela dans la section précédente, et le produit fini ne justifierait en rien que je vous donnasse à déguster mises à jour et ciselages de virgules [1]… Ma crainte, frivole peut-être, j’ignore tout des mœurs et des lois, est que si l’on s’avise que, pour quelques centimètres, l’immeuble est classé “de grande hauteur”la subvention ne soit retirée après coup, ce qui “impacterait” au premier chef les purotins, spécialement épargnés par la ponction, et qui auraient après coup plus de 7000 balles à casquer, alors que s’ils se sont, à une exception près, gardés de toute opposition, c’est en considération des rabais dont ils bénéficiaient : je ne les plaindrai pas, et même leur punition me consolerait presque de mon propre débours. Mais tout en prenant soin que ce soit dit, en vue d’éventuelles suites judiciaires, j’aimerais que ça ne retentît pas trop : mettre la puce à l’oreille de la mairie, des pompiers ou de l’ANAH n’est point du tout mon but.

     Je le trouve toujours inutile, ce foutu cloisonnement des paliers; mais j’aurai beau mentir, je serai toujours de meilleure foi qu’eux, et la vérité, c’est qu’une description d’incendie “dans un immeuble qui ne donnait aucun signe de vétusté”, mais où un apparte en flammes au premier avait envahi de fumées la cage d’escalier au point d’empêcher toute sortie, m’a tout de même donné à réfléchir, non à une grillade possible pour mézigue, puisque je dispose de mes soixante mètres de corde et de la clef du toit, mais à ce que deviendraient ces gentils boustrons que j’ai croisés lundi, et que je n’oserais mettre dans mon sac à dos pour dévaler 50 mètres de façade. “Un incendie tous les mille siècles”, je n’en démords pas, ce genre de sinistre est rare, monté en épingle par les faits-diversiers aiguillonnés par les lobbies, et d’autre part on n’éradiquera pas toute forme d’accident de la vie humaine. Mais, si je ne rencontre que des gens courtois, et bien plus au fait du réel que moi, il loge aussi, dans cette casbah, un certain nombre d’imbéciles capables de tout, comme de mettre le feu aux vêtements de la gonzesse qui vient de les quitter, puis d’aller se pochtronner, et de s’endormir devant la télé dans une autre pièce. Que si peu suffise à faire une torche d’un immeuble de béton, non, et en un sens tous les départs de feu qui ne bavent pas sur leurs entours apportent de l’eau à mon moulin. D’autre part, me m’en fous personnellement : je serais même enchanté d’avoir un mur à ma gauche, comme ça personne ne passerait devant chez moi, pas même pour aller prendre l’ascenseur. Allez, on garde : « Mais il se peut, après tout, que je me minimise le danger d’incendie, et surtout de voir la fumée rendre la descente impossible : ce ne serait pas ma première erreur, ni, sans doute, la dernière, à moins de décès imminent. » Ils vont s’imaginer que je cherche à me faire plaindre! Mais que me chaut ce qu’ils imaginent? Ne pas oublier la finalité première de cette bafouille, qui est de préparer un procès, au cas où la subvention serait annulée, la tour détruite dans les mois ou années à venir, etc. Ma main au feu que ces salauds ont pris des garanties pour se tirer d’affaire, mais que tout peut se produire, entre autres que le poids des murs supplémentaires déséquilibre l’immeuble. Bataille d’experts? Je n’en verrai pas la fin.

     Laissons décanter, ou je vais y passer… putain! Trois jours! Dimanche, mardi 1er janvier, et pont hyper-probable lundi. En admettant que je tienne à envoyer le premier, ce qui pourrait receler des piègesTout cela n’a aucune importance. Mais enfin c’est mon moment, puisque j’y ai passé la journée!

     À quoi bon ces insolences feutrées? Si peaufinées qu’elles puissent être, en prêtent-elles moins le flanc? Qu’est-ce que j’en espère? Tout de même, de prendre les devants, et d’interdire à ce présumé truand de prétendre qu’il ne savait pas, ou qu’il n’a jamais dit ça. Mais aussi de jouer les intrépides et les indomptables, alors que probablement je n’assisterai plus à l’avenir aux réunions du conseil syndical, où je fais trop piètre figure pour mon goût. En outre, c’est plus fort que moi, malgré le maître d’œuvre douteux que Marron est allé chercher à dache pour lui donner un pourcentage indécent, etles devis énormes qu’ils ont tenté de faire passer, je ne crois plus m’adresser à un escroc, ni même peut-être un sale type : je me sens l’agresseur qui tire des gens leur pire; et surtout, je me convaincs sans cesse davantage au fil des jours que mes dégradations de cervelle constatées devraient me dissuader de faire de l’opposition.

 

[1] D’autant qu’au beau milieu de ma page la plus corrigée, j’ai réussi, à force d’allers-retours sans considération du contexte, à laisser, pataquès pitoyable, un « je n’en laisse pas moins de déplorer » pour éviter la répétition de “je persiste” : qu’aucun des destinataires n’ait les moyens de s’en aviser ne me console qu’à peine, et je me demande si c’est plutôt à ma charge (délire secret que cette lettre soit entre toutes les mains)ou décharge (existence, quelque part, d’un vrai moi indépendant de l’opinion).

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15 mars 2019

Mes visiteurs

vendredi 28 décembre 2018  Mes visiteurs  Il y a deux mois que, contraint et forcé par une avidité déguisée en zèle rénovateur, j’ai quitté Overblog, où j’écrivais depuis plus de dix ans : deux plus tôt, j’avais dû acquérir un Mac neuf  rien que pour accéder à l’admin’, et je n’ai pas digéré que cette équipe de rapaces me refasse le coup si tôt. Eussé-je pu charger les dernières versions de Chrome ou d’Internet explorer? Le pourrais-je encore? Il n’est pas impossible que je m’y essaie un de ces quatre, pour coller les trois sections finales de mon Inventaire à la suite des 67 déjà égrenées. Mais je ne me sentais plus chez moi au milieu de pubs de plus en plus envahissantes : Canalblog me semble nettement plus hospitalier.

     Le hic majeur est que je m’y sens seul : je ne sais de quel pourcentage de pipeau les stats d’Overblog étaient affectées, mais elles affichaient, sur dix ans, après un décollage difficile, une cinquantaine de “pages lues” par jour, pour trente-cinq visiteurs individuels, d’un mutisme quasi-total. Si je jouais dans la même cour, la comparaison serait accablante avec le moindre tweet à la con, qui récolte en une heure des milliers de “j’aime”, donc, je suppose, au moins cent mille lecteurs, quand bien même il n’émane que d’un journaliste subalterne et idiot. Je ne me raidis pas dans le refus des “réseaux sociaux”, mais ce que j’ai ou cherche à dire requiert l’anonymat, pour cause de risques de procès, et surtout, de ridicule : à la rigueur, je puis signer ce que j’ai écrit, mais donner l’adresse de mes blogs, notamment à mon frère et à ma sœur, fut une faiblesse et une erreur : ils n’y ont jamais laissé l’ombre d’un commentaire, et rien ne contrebalançait la gêne d’écrire désormais sous surveillance.

     Ce qui m’a attiré sur Canalblog, c’est la rubrique “Nouveaux blogs”, à laquelle j’avais rendu quelques visites, me fendant parfois d’encouragements qui, eux non plus, n’ont jamais reçu de réponse : je suis, décidément, un pestiféré. En tout cas, mon attrait pour les “nouveaux blogs” ne semble pas chose partagée, puisque Canalblog, qui rend compte de nos lecteurs de façon beaucoup plus détaillée, et, semble-t-il, fiable, qu’Overblog, confirme un écrasant insuccès : j’ai exactement deux visiteurs, plus ou moins réguliers : « la C.I.A. et les R.G., respectivement décentralisés à Mountain View et Angoulême intra muros », comme je l’ai cru d’abord? Canalblog fournit les adresses IP, et divers sites permettent, à ce qu’ils prétendent, de les situer à la baraque près. J’avais beau les réduire à des robots d’entités hostiles, je n’étais pas si sûr que cela de l’identité de mes visiteurs : j’ai habité Angoulême un an, où l’on pouvait m’avoir reconnu; et qui savait après tout si un universitaire de Palo Alto ne s’attelait pas à déchiffrer mon français?

     J’enregistrai très exactement deux autres incursions, qu’on me situa à Nantes, ville où crèche ma cousine préférée (que je n’ai pas vue depuis plus de trente ans), et dans un patelin de la Nièvre, proche d’un de l’Allier où j’ai enseigné. Ils ne revinrent pas, mais un autre hôte survint hier, qui habitait Paris… pas très loin du milieu du grand bassin des Tuileries.

     Du coup, je me sentis presque forcé de “vérifier” mes propres deux derniers numéros : avec Orange, on en change sans cesse. Fus-je déçu? En tout cas, à 24 heures d’intervalle, je suis censé habiter une bourgade de l’Aude… et Paris, moi aussi, mais dans la Seine, pas très loin du pont Mirabeau [1].

      Quant à Mountain View, une inspiration m’est venue, pour une fois correcte : c’est bien le siège social de Gogol. Great. Au temps pour un des deux amis de ma pensée. Quant à Angoulmerde, je sèche. Michèle? Xavier?? Angélique??? Mais puisque ça peut aussi bien recouvrir Tamanrasset que Dunkerque… Il me plairait fort d’être “intraçable”, je l’ai déjà dit, et pour quelles raisons. Mais l’abattement d’être invisible l’emporte, qui n’aurait guère d’effort à faire pour se muer en désolation. Vais-je emboucher ma trompinette pour faire sonner l’air banal de la solitude : « La vérité, c’est que j’en crève »? La vérité moins banale, c’est que j’en vis. Je n’existe pas assez pour être sans l’œil d’un autre. Mais non plus pour aller au devant de lui, voire pour répondre à d’autres avances qu’écrites. La fuite du désir aurait dû, cependant, me faciliter les choses…

 

 

[1] . Quelques jours plus tard, point guéri de ces “recherches”, je reçois un habitant du Cheney reservoir, Kansas, non loin de Wichita, et qui semble être aux États-Unis ce que Bruère-Allichamps est à la France, le “centre géographique” (qui ne tient nul compte, je présume, de l’Alaska).

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14 mars 2019

Commentateur bénévole

jeudi 27 décembre 2018  Commentateur bénévole  Pas photo, aujourd’hui, l’intensité émotive n’est pas démesurée, certes, mais le reste ne peut lutter contre la surprise du matin : le 24, j’ai consacré une heure ou deux, pour me débarrasser des formules qui brouillaient d’interférences la naissance de Romoments, à rédiger une évaluation d’un gros coffret de musique classique que je m’étais offert quelques jours plus tôt, et dont j’avais déjà presque tout écouté, de manière assez désinvolte. Ici, je préfère raboter tout détail, dans la mesure ou je souhaite rester anonyme, histoire d’éviter la correctionnelle pour délit d’opinion, surtout à l’heure où déménagent la mémoire, les mots, la repartie, et où je me ne saurais répondre aux anathèmes que par des bégaiements; or j’ai nom et adresse pour Amazon, qui n’a pas prêté serment de les garder pour elle. Pour l’heure, j’écris ceci pour moi, certes, dans la mince mesure de mon existence individuelle; et quand la solitude me poussera à “publier”, il sera temps de censurer; mais la perspective d’un doc plein de trous, qu’on s’imaginerait vidé de son suc et de son sens, ne me rit pas. Or il n’y a guère à perdre : la teneur exacte de mon long commentaire n’avait ni grand intérêt ni verve notable : ses seules qualités tenaient dans la richesse des infos et la sincérité : je dis ce que je sens, ne fais pas semblant d’aimer ce qui me semble exécrable, c’est-à-dire le plus gros de la musique “contemporaine” (qui en un siècle n’a toujours pas trouvé d’audience), et surtout essaie de donner le plus de renseignements factuels possible, sans toutefois les copier/coller, estimant que si moi je les ai trouvés, tout le monde peut le faire.

     D’autre part, j’évite la concurrence autant que je le puis, et, ce qui est plus curieux, la polémique : je me suis déjà fait incendier d’importance (“oreille formatée”, “manque d’ouverture d’esprit”, etc) en disant tout le mal que je pensais d’un coffiot de jazz, et j’ai récolté plus que mon content d’opinions défavorables, à l’époque où Amazon proposait encore cette option : l’expérience ne fut pas agréable, il fallait revenir pour répondre et foudroyer mes détracteurs. Je continue de critiquer en quelques lignes tel ou tel objet domestique (ma montre, par exemple, ce même jour), mais pour la musique j’y vais mollo, et préfère parler que de ce qui m’a plu : non pour déférer aux lois non écrites qui font un triomphe au verbalisme creux et convenu, pourvu qu’il soit élogieux (non seulement on aime à se mirer dans une image de soi, mais les acheteurs potentiels ne consultent les “commentaires clients” que pour être poussés dans leur sens, et, après achat, pour qu’on leur dise qu’ils ont raison d’avoir acquis cette merde), mais parce qu’en matière de plaisir, rien ne prouve rien : que je n’aie pas joui, avec mes sens atrophiés, ne signifie pas qu’il n’y eût rien à sentir. Je suis d’autre part, des rares esprits mesquins qui, non sans crainte de passer pour les philistins, donnent certains renseignements très matériels, sur la longueur des disques, par exemple.

     Or le coffret dont je fis l’éloge le 24, mis en vente peu avant Noël, (il n’avait encore reçu aucun commentaire français), à un prix étrangement bas, pour des disques bourrés à bloc (72 centimes l’heure de musique), et rassemblant une foultitude d’artistes estimés, laissait supposer un lézard. Généralement, les faits confirment les soupçons. J’expliquais donc, en long en large et en travers, qu’il s’agissait, contre toute attente, d’une vraie affaire : très peu de déchet, et d’ailleurs discutable : donc qu’il fallait s’empresser de sauter dessus avant les revendeurs.

    J’étais agacé le 25 de n’avoir pu placer quelques corrections. Mais le 26 au matin, au reçu du courriel d’Amazon, je m’avise qu’elles ont été prises en compte. Je relis ma prose avec une volupté mitigée, grommelant que c’est ce que j’écris de pis, et que la lie sera plus lue que tout le reste! Il faut bien avouer, pourtant, que, le soi grandiose ne désarmant pas, je m’attends à un déluge de remerciements, et que les yeux présumés d’autrui, avec lesquels je me relis, s’écarquillent d’admiration… puis, prenant du champ, se portent sur le prix : inferno e morte! ils l’ont multiplié par plus de deux! Juste après Noël, laps d’achat forcé! Le rapport ne fait aucun doute : la hausse m’est due! Et tout le moment fort tient dans cette irruption de sentiments contraires : jouissance d’avoir profité de l’occase, mêlée de dépit (j’aurais pu en acheter trois ou quatre “pour offrir”, si j’avais su à qui), exaltation que ma prose ait paru assez convaincante aux margoulins pour qu’ils annulent immédiatement la “bonne affaire” que je célébrais; écœurement de l’avoir, en somme, sabordée en la célébrant, et de m’être décarcassé deux heures bénévoles à gonfler l’escarcelle de Jeff-la-Besace; car enfin, ou il vendait à perte, ce qui, sauf erreur, est interdit; ou les 117% qu’ils viennent d’ajouter ne sont qu’un supplément de marge bénéficiaire, qui en dit long sur tous les autres. En tout cas, je doute que leur truc marche : j’ajoute in extremis une ligne pour préciser quel prix j’ai casqué, et que j’espère n’être pour rien dans la gonflette : pour peu que je lise en moi l’âme des autres, cet article se vendra peu! Personne n’achètera plus de cent balles ce qu’un autre a eu à moins de cinquante. Mais à suivre. Un con, le lendemain, vient d’avoir le culot de publier une ligne pour célébrer un incroyable rapport qualité/prix, mais dénigrer (comme “trop superficiel”) précisément un des artistes que j’avais le plus encensé! Non mais c’est qu’il me cherche, ce débile…

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13 mars 2019

Écrivain public?

mercredi 26 décembre  Écrivain public?  Romoments subit (déjà!) une forte baisse d’enthousiasme, il paraît bien artificiel, voire artificieux, de transfigurer la Beauce en Dolomites rien qu’en faisant des montagnes d’aspérités infimes. Mais c’est bien le principe du procédé, de chercher des pics au ras des mottes, et il y a bon laps que les mottes sont les montagnes de ma vie. Hier j’ai d’abord cru m’arrêter à ce devis de 840 balles (dont 610 pour ma pomme, avant complémentaire) que j’ai trouvé seulet dans ma boîte aux lettres pour une malheureuse incisive latérale que mon clown de dentiste a, en fait, cassée de ses mains, en la roulettant en profondeur des deux côtés, et en comblant avec du ciment provisoire. Exprès? C’est possible. Plutôt un manche, je crois. En tout cas, il n’est pas fort habile de sa part de me coller une pareille addition pour une dent très secondaire, alors qu’il attend que je me décide pour une prothèse d’un demi-maxillaire. Je bave sur Macron parce qu’un mec qui veut s’occuper de tout est toujours suspect d’aspirer à la dictature, parce qu’il gave les 0,0001% en se réclamant d’une théorie du “ruissellement” qui n’a jamais fonctionné sur le terrain, parce qu’il prend des tout-petits en otage pour leur faire dévider des répliques apprises, parce que je suis jaloux de lui, et peut-être par habitude; mais je ne trouve pas si ridicule qu’il ait inscrit dans son programme une baisse du prix des prothèses dentaires, et l’obligation pour le dentiste de déclarer combien il les a payées : il y a encore des gens qui ignorent quel lard ces rapaces se font là-dessus. Peut-être d’ailleurs me suis-je fait, quant à moi, complètement baiser, en avalisant un prix de la fin décembre, susceptible de changer au cours de ce 2019, où, en nous ponctionnant deux ans d’impôt d’un coup (exploit qui restera unique, à moins qu’un plus avide ne décide de percevoir le fric d’avance), ce gouvernement se sera donné les moyens de nous faire quelques cadeaux. Reste à savoir quel remboursement me proposera la MGEN, à qui mes divers maux coûtent cher. Et s’il équivaut, dès le début janvier, pour une dent, à ma cotisation annuelle, je ne vais pas pavoiser non plus…

     Mais je crois tout de même qu’à ce niveau d’extrême mesquinerie, le moment d’hier serait plutôt la rencontre, au retour de mes courses, de mon voisin arabe, qui habite la tour depuis plus longtemps que moi, et aimerait bien aller jouir ailleurs de sa vieillesse, donc vendre, mais pas à vil prix. « Ah, je voulais vous voir! Il faudrait écrire une lettre à la Préfecture, sur les ascenseurs. » Je ne pense pas qu’il soit allé jusqu’à ma porte, de toute façon ma sonnette est détraquée, et, depuis ma canfouine, je n’entends pas frapper; mais en seize ans et demi de séjour, c’est bien la première fois qu’il fait appel à moi, alors qu’il m’a, lui, donné quelques tuyaux, et notamment révélé récemment comment remettre l’eau, qu’un plombier indélicat m’avait coupée pour travailler tranquille quelques étages plus bas. Seigneur! Je ne dirai pas que je regrette de n’avoir pas exercé la fonction bénévole d’écrivain public pour tous les Maghrébins du quartier : en cas de succès, elle aurait risqué de me bouffer tout mon temps, et je n’aurais jamais engrangé une reconnaissance en rapport. Mais “on dirait qu’il a plu sur mon cœur” que l’un d’eux, à qui il ne manque que d’être femme, et jeune (mais ne serait-ce pas sa fille, boustronnette délurée et charmante vers 2005 ou 10, que j’aurais rencontrée avant-hier avec deux ou trois gamins? Que ce soit seulement possible me donne le vertige), se soit enfin avisé que je pouvais servir à quelque chose! Et dès lors qu’il le sait, c’est qu’ils le savent tous. Un peu tard, du moins, pour cette fois : « Je suis à votre disposition pour n’importe quelle lettre, mais la rénovation des ascenseurs est prévue pour dans sept semaines. Le prestataire de service attend le matériel, j’ai vu le contrat signé. – Cette semaine? (Geste du doigt vers le sol). – Non, dans sept (Ouverture de la main, puis index-majeur.) Enfin… Ils ont dit huit il y a une dizaine de jours. – Pour des ascenseurs neufs? – Neufs, ça m’étonnerait. Mais il y en a pour 160000 euros, et à mon avis, ce n’est pas le moment de gueuler, surtout pour vous et moi. Aux tantièmes courants, nous paierions 4816 euros pour les seuls ascenseurs. Là on en aura pour 3222 de l’ensemble des travaux. » Mais cette comparaison-là, il y a beau temps sans doute que le lascar l’a faite, et qu’elle a prévalu contre l’intérêt général, puisqu’il n’est venu ni à notre brainstorming ni à l’A.G. Ça me touche qu’il me prête une utilité, et surtout que la méfiance à l’égard de l’ex-colonisateur soit vaincue, mais je n’oublie tout de même pas que ce “bon Musulman” est un gros égoïste, et au surplus un con, parce qu’il est persuadé que la réparation des ascenseurs va faire bondir les prix, et qu’il pourra larguer à 120000 ce qui n’atteint pas les 70. Mon pauvre, c’est moi le con si la tour n’est pas d’ores et déjà marquée pour la démolition.

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« Il n’y a que le méchant qui soit seul. »

mardi 25 décembre  « Il n’y a que le méchant qui soit seul. »  J’avais pensé donner la palme à la petite exaspération que m’avait procurée de découvrir impossible toute correction du commentaire d’un produit que j’avais publié le matin, Dieu sait pourquoi, sur Amazon : peut-être ma timidité en la matière mériterait-elle qu’on se penchât sur elle, en effet. J’évite les livres, parce que je n’emplette que très rarement des nouveautés, chez le libraire du coin quand c’est possible, les prix étant réglementés; mais il est exact aussi que sur certains sujets l’assurance des spécialistes m’en impose… et, sans doute pour ne pas essuyer de défaite “sur mon terrain”, je vais m’embringuer dans des critiques de disques qui me valent les ricanements de “mélomanes” dont 99% ne distingueraient probablement pas une interprétation d’une autre sans la pochette, mais qui savent au moins cexé qu’une œuvre en si bémol majeur. J’affecte de m’en brosser le fion, mais on voit ce qu’en vaut l’aune quand j’écume de ne pouvoir corriger quelques mots maladroits. Je vais quand même plutôt faire choix, pour faire valoir ma sensibilité, de l’appel traditionnel de ma mère : non exactement de sa teneur, puisque la pauvre vieille (façon de parler, je ne la sens pas du tout ainsi) n’occupe qu’un dixième du temps de parole, et pas avec des choses très sympa (je suis sans doute le seul avec lequel elle se sente pleinement libre de critiquer feu son époux, et plus il (que font les corps, dans un cercueil étanche?), plus delle rancœur surit : toute contente cette fois d’un bulletin qu’elle a découvert, et qui atteste que papa n’était pas très loin, dans son lycée, de la place de dernier. Il est d’ailleurs possible que quelque officieux saligaud lui ait envoyé depuis belle lurette l’adresse d’un ou deux blogs que pour comble je ne peux plus fermer, quand même je le voudrais, et qu’elle réponde à des assertions par moi poubelliées et oubliées, depuis le temps, touchant la supériorité intellectuelle de son époux? C’est en tout cas la conviction qui ressurgit, pour la dix ou vingtième fois, en phase d’attente, qui est bien la seule que je consignerais comme moment fort; et il serait un peu long, car je crois me souvenir qu’habituellement elle m’appelle le 24, ou le matin du 25… et j’ai tout le temps de mesurer, une fois de plus, quel bouleversement créerait dans ma vie le silence définitif de cette femme qui, comme moi, ne pense qu’à elle, qui certes est moins moisie qu’il n’est ordinaire à son âge, mais ne fut jamais bien finaude, qui se répète plus qu’il n’est tolérable, et qui m’appelle une fois par mois : normal, après tout, depuis que j’ai rabroué Falaq, rompu avec Denis et Geneviève, c’est le seul lien A-R que je garde avec mes semblables, mis à part le conseil syndical, dont je dérange le grégarisme, et qui m’exclut sans doute de tout courrier important… Je n’aime pas, au miroir, le personnage qui se dégagerait d’une rupture pour de pareils motifs : le méchant, le calomniateur enfin démasqué, comme dans la pièce de Gresset, voué à l’enfer à moins qu’il ne vienne à résipiscence. Or je n’en vois pas la couleur.

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11 mars 2019

Antisémythisme

ROMOMENTS

 

lundi 24 décembre 2018  Antisémythisme  Ces journées “innombrables, toujours pareilles et n’apportant rien”, il est presque renversant de constater, dans l’optique d’y déceler le moment fort, quel bariolage de faits-divers s’y dispute la place! Il est à peine une heure de l’après-midi, d’un jour tout spécialement étale pour l’oublié-de-tous que j’ai le demi-heur d’être, et c’est la cohue! Sous le rapport de l’émotion, je crois que mon lever reste invaincu : j’avais trop bu et trop bouffé la veille, me semblait-il du moins : j’avais donc lieu de redouter des difficultés d’évacuation, et, durant quelques intenses secondes, je me suis bien cru en passe de réveillonner aux urgences, laissant s’effilocher la nano-révélation de la veille. Il n’en fut rien, un non-événement, donc, dont il ne reste que la peur, ça le fait pas. Faut-il privilégier la montre qui m’avait tapé dans l’œil samedi (à ma décharge, il y a au moins quatre ans que je n’en porte pas, et c’est parfois assez chiant de chercher une horloge, quand on a un rencard), que j’ai commandée avec quelques stylos pour biffer le port, et qui m’était annoncée pour jeudi? Voyons si elle a fait du chemin… Quouah?? Votre objet est livré!? Allons bon! Le tintouin si c’est faux! Mais je ne l’apprendrai qu’avec du retard : l’ascenseur pair est en panne, et voici une jeune mère qui trimbale un landau dans l’escalier, suivie d’au moins deux petits canards, sans compter un troisième sous le tablier : « Vous allez loin comme ça? – J’espère que non. » Mais pour une fois mes prévisions sont justes : les deux ascenseurs sont nazes. « Continuez d’appeler d’ici : je vais voir, et je remonte! » Un type y travaille, au premier : « Y aurait-il une chance?… – Mais oui, voyez, il est parti! – Bravo, merci, bonnes fêtes! » Et pour moi aussi : mon paquet est bien là. Mais au neuvième, la grimpette fatigue, je presse le bouton : et c’est cette même petite maman qui arrive avec sa marmaille. « Renvoyez-le moi! » L’attente s’étire. Deux poivrots discutaillent, quelques étages plus bas : en tenant la porte? Ils font tous ça. Je tambourine, une fois, deux f… « L’est en pônne! » Extra : la réparation aura duré, à tout casser, dix minutes. J’avais prédit que durant la période où il se saurait supplanté par moins-disant Thyssenkrupp ne se remuerait pas le popotin, et Dieu sait qu’il ne fallait pas être extra-lucide. Ni ces petiots ni cette femme enceinte ne monteront 18 étages à pinces. Mais on ne se refait pas : le souci que je me fais pour eux ne passe pas les éliminatoires. Quant à ce qui va rester ma montre jusqu’à ce qu’elle s’arrête, c’est un chinajunk lourd et moche comme un autre, pas réglable, sans notice, prévu pour bras boudiné, d’où trous supplémentaires, et qui te classe clodo plus sûrement qu’une de chez LIDL, mais qui n’avance ni ne retarde, et je n’en demande pas plus. Tout ça ne pète pas haut, je vous l’accorde, et introduit justement un certain embarras quant aux critères de choix : je n’ai jeté qu’un coup d’œil rapide au bisbille de Trump avec la FED qui, en relevant les taux d’intérêt, relève d’abord, à n’en pas douter, ceux que perçoivent les banques qui la composent, donc la dette de l’État et des ménages. Mais apparemment cette affaire n’est pas finie pour moi, puisque je lis sur Wikipédia : « Une autre particularité du système monétaire américain est que ce n'est pas la banque centrale mais le département du Trésor qui crée la monnaie fiduciaire » : je croyais que c’était justement la spécificité des greenbacks! Et à quoi rime donc ce “Federal reserve note” que je lis sur tous les billets?? Est-il significatif que ce “crée” traduise un “prints”? Du pain sur la planche… Du coup, le “moment” changerait complètement de portée – et, j’y reviens, le critère ne serait plus l’émotion, je n’en éprouve quasi-pas, mais une sorte d’intérêt objectif dégagé par l’esprit critique. Seulement, à mêler les deux, je sais déjà à quoi je vais m’arrêter : la radio ne saurait manquer de resservir, ni le gouvernement de monter en épingle, une abjecte négation de crime contre l’humanité qui m’a mis hier à ébullition, pas dans le sens escompté, mais suis-je représentatif? Elle puait le coup monté, et entouc érigeait le néant à la hauteur d’une information : trois “gilets jaunes” ourdés à mort auraient fait des “quenelles” (“geste antisémite” inventé par Dieudonné, et apparemment dérivé d’un bras d’honneur interrompu) dans le métro devant une brave dame juive qui les aurait sermonnés au saint Nom de la Shoah, en échange de quoi ils lui auraient tenu quelques propos “négationnistes”, en présence d’un journaleux, mais sans le moindre horion. Ça semble être immédiatement devenu l’objet d’une information judiciaire, et, bien entendu, journalistique, majeure. Je ne sais si le gouvernement vise juste, en accusant les “gilets jaunes” d’antisémitisme. Je crois que ce matraquage assomme le gros du populo, et que les souffrances septuagénaires d’un peuple dont, mettons, certains membres figurent actuellement en bonne place dans la brochette des 0,0000001% qui règlent les destinées du monde et le mènent à sa perte pour s’en mettre hic et nunc plein les poches, nous sommes une bonne majorité à en avoir ras la casquette. Ce n’est pas de leur mainmise sur l’information que je doute, mais je me demande si elle est bien adroite, et s’il est voulu que tant de gens la remarquent et la rejettent : ça permet, certes, d’alimenter le mythe du péril nazi-facho, mais il risque de ne rester de dupes que les pires gogos, à savoir les profs, que leurs élèves n’écoutent plus. Va-t-on vraiment, de la sorte, aggraver, ou bien plutôt enrayer la dépopularisation des “gilets jaunes”, qui 1) font chier le commun des mortels avec leurs barrages à la con; 2) commettent ou favorisent des dégâts qui ne peuvent être tous inventés; 3) se prennent la grosse tête, en imaginant, ceux du moins auxquels on tend le micro, qu’ils vont faire démissionner une assemblée élue et les pieds-nickelés qu’elle est là pour soutenir?

     Sur ce, le soussigné gros malin va bouffer, et tombe tout bleu de n’ouïr trace de cette infobidon, comme si ce n’était pas le sort habituel réservé à ses prévisions. Quelques macronistes sensés se seraient-ils rendu compte que c’était pousser un peu loin le bouchon? Voyons Internet… France Info elle-même… Décapons d’abord les faits : il n’y a eu, initialement, ni violences ni plainte : simplement un pigiste de 20 minutes a assisté à la scène, si scène y a eu, n’a pas pipé mot, comme le reste de la rame, et clame sa honte sur Twitter. Trois gilets jaunes dans le métro, revenant bourrés de la manif, accompagnaient de “quenelles” leurs échanges tonitruants. « Une petite vieille, cheveux grisonnants, le dos voûté, s'est levée. Elle est allée vers eux et leur a demandé d’arrêter.[…] “Ce geste est un geste antisémite. Je suis juive, j'ai été déportée à Auschwitz, je vous demande d’arrêter.” Les trois hommes n'ont pas arrêté pour autant. Ils ont rigolé, Puis l'un d'eux lui a répondu que les chambres à gaz n'existaient pas. [1] » Personne n’intervient, la “vieille” descend à la station suivante, “silencieuse, tête baissée. Eux avaient l'air très fiers de leur coup. Ils ont recommencé à scander "Ma-cron, dé-mis-sion ! Ma-cron, dé-mis-sion !" A la station Montparnasse-Bienvenüe, ils sont descendus et ont disparu au milieu de la foule. Personne dans le wagon n'a repris leurs chants nauséabonds. [Y a-t-il eu caviardage? De quels “chants” s’agit-il?] La gêne était même palpable. Mais personne ne s'est levé pour prendre la défense de cette petite vieille. J'ai eu honte de ce que je venais de voir. Honte de ne pas avoir bougé. Ce soir, j'ai juste la gerbe. » Rassure-toi, pauvre type : tu parviens à me la donner, pas à moi seul j’espère, et pas celle que tu souhaiterais. Mais n’oublions pas la conséquence cohérente : « Si cette dame tombe sur ce thread, et si elle ressent le besoin de déposer plainte, elle pourra compter sur mon témoignage. » Rassure-toi, il n’en sera pas besoin : quelques milliers de “j’aime” presque immédiats, et un trouduc : « La France en 2018. J’espère que grâce aux vidéos de la @Ligne4_RATP ces individus seront retrouvés et punis @PoliceNationale. Mais lorsque nous ferons le bilan, les #medias ne pourront s’affranchir de leur lourde responsabilité dans leur promotion complaisante des #Giletsjaunes. » La RATP n’aurait garde de traîner : « Bonjour, je vous remercie pour ce signalement et j'en informe immédiatement notre service de la Sûreté RATP. »

     Le ministre de l’intérieur, Castaner, candidat décidément bien placé au poste de roi des cons [2], réagit sans tarder : « Ignoble et insoutenable. Tout sera mis en œuvre pour identifier ces individus. Ils doivent répondre de leurs actes abjects. Couvert d’un gilet jaune ou caché derrière un pseudo sur Twitter, l'antisémitisme doit être combattu de toutes nos forces. » (France-Info a-t-il loupé des épisodes? L’antisémitisme ne s’est guère exprimé pour le moment.) À midi dix le lendemain (les “faits” datent de peu avant minuit), la préfecture de police parle d’“agression antisémite”, et évoque l’ouverture d’une enquête. Puisque Carpentras a marché, n’est-ce pas… pourquoi changer une équipe qui gagne? L’étonnant étant bien qu’elle gagne encore, ès-médias du moins, après tous les bidonnages de ces dernières années.

     Twitter fait de Paris un village : peu après, le neveu de la “victime” reconnaît sa tante : la “petite vieille”, qui a 74 ans (c’est son père qui serait mort à Auschwitz) s’est vantée de son exploit, elle serait assez fière d’avoir remonté les bretelles à trois poivrots, “sympathisants du front national”. On comprend que ce soit le “moment fort” de sa journée – si c’est bien la même femme. Que toute l’affaire soit du toc, c’est très possible : dès le lendemain, le tweet du “neveu” a disparu. Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement part au quart de tour dans un hoax antisémiteux. Mais ce qui, littéralement, m’épouvante, c’est la galimafrée de commentaires qui suit : « Merci il est beau le mouvement des gilets jaunes. Enfin ils montrent leurs vrais visages. Et me dites pas que c'est à cause un tel ou autre partie. C'est simplement la connerie humaine qui prend le dessus. » Une entité qu’il vaudrait mieux traquer d’abord en soi… « ou est mon commentaire je demandais les noms de ces energumenes  vous a t on interdis de les donner car ont tombe dans le nauseabond »; mais certains connaissent l’orthographe : « Ce qui s'est passé dans le métro ne peut être pris à la légère, comme certains commentaires le laissent paraître. À tous les négationnistes qui affirment que : "les chambres à gaz n'existaient pas", je porte à leur connaissance, les aveux du commandant SS " Rudolf Hoss ", qui a commandé le camp d'extermination d'Auschwitz. Aveux par lesquels il livre dans les détails, sa participation à l'un des plus grands génocides que l'humanité a pu connaître »…dans des conditions peu favorables à la sincérité, et avec des invraisemblances géantes, cher autodidacte en retraite! « Voila ou conduit les discours de la famille Lepen ! Ils ont semé depuis tant d’annee, la haine le racisme et bien sur j’allais dire surtout l’antisemitisme et le bon peuple a ingere tout cela et ca ressort en remugles .... honte et indignation !!!!! » Et ce que tu as “ingéré”, toi, pauvre connard? Ce qui me tape sur les nerfs, outre qu’ils se donnent tous une position dominante, alors qu’ils répètent simplement ce dont on leur a bourré le crâne, c’est ce verbalisme au service de la bêtise : ils en ont plein la gueule, de leurs délits, qui présupposent que la loi est toujours légitime, ou de leur antisémitisme, créé pour faire du Juif un éternel innocent! Mais s’ils n’ont trouvé que des profs de philo comme Müller pour leur apprendre à interroger les concepts… Il semblerait toutefois qu’une censure très orientée soit à l’œuvre, et d’autre part, par les temps qui n’en finissent pas de courir, personne n’a de fric à dilapider en dommages et intérêts pour la LIC(R)A : on préfère fermer sa gueule à être taxé d’antisémitisme, et condamné à coup sûr, pour minimisation de cet “acte” horrible; ils sont quand même quelques-uns à essayer de calmer le jeu en chinant une enquête pour trois pochtrons alors qu’on laisse commettre des massacres à des gens fichés… Mais je donnerais cher pour un Gallup qui confirmerait que, sans mettre le nez hors de chez moi, je prends mieux le pouls du peuple (tous les commentateurs ne sont quand même pas profs!) que les pires crétins de l’équipe au pouvoir, et j’ai une belle tremblote […]. Comment des niaiseries pareilles peuvent-elles être saluées d’un tel déluge d’approbations? Je reconnais moi-même que « les Juifs sont les maîtres du monde » n’est pas une formule correcte. Mais qu’il y ait parmi les maîtres du monde dix ou cent fois plus de Juifs que ne sembleraient l’impliquer leurs 0,2% de la population mondiale, qu’ils possèdent, directement ou non, la presque totalité des organes d’information, que le caractère sacré de la Shoah, et sa protection de par la loi, s’expliquent par là, c’est une version de la question à laquelle il est équitable de se tenir (coi) tant qu’elle ne sera combattue que par l’interdiction et la diabolisation.

 

[1] ou “quelque chose comme ça”, dit “la vieille”, qui en fin de compte semble avoir fait de la provoc et loupé son coup.

 

[2] Non que je le soupçonne de penser ce qu’il écrit, mais bien de s’imaginer plaire en l’écrivant.

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10 mars 2019

Romoments

     La solution de la paresse (ou, tout de même, de la demi-paresse, aucune loi ne m’interdisant le farniente complet, avec ou sans substances) consisterait à me libérer de tout programme, et à lancer un narrateur aux prises avec les affres de la dépendance croissante et de la débâcle mentale dans une histoire qui se dessinerait d’elle-même à chaque pas, en se totalisant dans la mesure du possible; je ne serais d’ailleurs pas obligé de faire de lui un solitaire : souvenons-nous que le pire, la haine à deux, m’a été épargné; pourtant, ma chronique de la déréliction constituerait sans doute l’option la plus honnête et la plus instructive : un enfermement à vie ès-murs de cet Inventaire dont je piaffe de m’évader, oui; mais de toute façon voilà beau temps qu’un présent dégringolatoire a fait irruption dans un autoportrait qui ne se voulait pas statique, mais ascensionnel, et l’est encore, par les petits traits que je m’imagine mieux comprendre, ou les évidences de toujours dont la cuisson s’apaise : la déchéance ne fait pas si mauvais ménage avec la très progressive (et sans doute superficielle, mais pas toujours purement verbale) prise de conscience de ma négligeabilité. Reste que je ne peux pas greffer ici toutes les foucades d’un journal intime, mes réactions devant la radio, par exemple, que je me suis mis à écouter à tout hasard, en quête d’une explication de ces incessants barrissements de diplodocus, en provenance du rond-point, à 4 ou 500 mètres de mon balcon. Le plus inhabituel est bien que je l’aie trouvée, et que, depuis six semaines, je continue d’écouter France-Info en bouffant, glanant un tuyau, l’oubliant le lendemain… Hier, c’était la mère d’une fillette atteinte de je ne sais quelle infirmité rare, qui lui interdit la parole et la locomotion; ça s’opère, oui, mais à Chicago, et c’est très cher… « Elle va s’éteindre si l’on ne peut pas rassembler l’argent… » Or, stupeur, la somme citée, c’est à peu près ce que je possède, moins l’indispensable réserve de roulement, qui (travaux de l’immeuble et prothèse dentaire) va être durement ponctionnée dans les mois à venir. Moi qui me demandais où placer mon pognon pour le protéger du macron de grand chemin Je ne vais pas vous la faire, ç’a mis quelques minutes à décanter, je n’avais pas écouté l’adresse, et ne m’en enquerrai pas; mais il est rare qu’une semaine passe sans un signe de ce genre, et celui-là m’a rendu un peu plus pensif que le commun de ses confrères : de mon naturel, je serais plutôt “opération T4”, et quand je pense à ces gosses en Inde qui attendaient, au commissariat, que de gros flics se réveillent, pour leur gratter le dos et leur servir le thé, à tous ceux qui gagnent leur croûte en fouillant les ordures, à cette population insensée que continuent d’accroître exponentiellement les lapinistes musulmans et tous leurs cons de pareils, pour conquérir un monde qu’elle ne manquera pas, à brève échéance, de rendre inhabitable, je trouve très mal joué de gaver un chirurgien et des paramedics américains pour arriver au mieux à prolonger une vie diminuée; et cependant, je ne renie pas l’émotion qui m’a saisi : s’il y a une émouvante folie du christianisme (je ne dis pas qu’elle lui soit propre, le bouddhisme, et surtout le jaïnisme, strictement végétarien, ont fait mieux en ce sens avant Jésus) c’est bien dans cette conviction que toute vie, du moins humaine, est sacrée, que toutes se valent pour Dieu, ou, si certaines davantage, alors, à proportion inverse de leur superbe : le bizarre étant que la morale officielle n’ait jamais été si chrétienne que depuis que Dieu a pris sa retraite [1]. Ça persiste à me foutre les boules qu’on consacre le fric des pauvres à bidouiller un monte-handicapés dans un immeuble sans handicapé, et… oh, assez! Trois lignes auraient suffi pour dire que c’était là le moment fort d’hier samedi : un peu plus fort que celui de la veille (découverte, tardive, dans la foulée de mes élucs sur Kennedy, d’American tabloid d’Ellroy, alors qu’il est dans ma bibal depuis des années) ou de l’avant-veille (quoique là mon pouls bondissando eût démenti : mon adresse n’était plus incomplète, mais fausse dans Pages Blanches, et pour comble le numéro où étaient allés se perdre tant de témoignages d’estime et d’admiration était celui d’Ilhem Bacha, Reine des Garces!… sauf que c’est aussi celui de mon étage, et donc qu’Orange, outil de mes relhum, me les avait rognées) : un moment sans plus de lendemain, je présume, que les autres… et, sur le point d’inscrire comme évident que le roman des moments ne serait qu’un zig-zag insupportable… Minute! Minute! Bien clair que je ne vais pas faire que ça… Mais une chose me frappe dès gogolisation : romoments existaille vaguement, en tant que vocable, mais dans le monde anglo-saxon (d’après le même moment, mais aussi, selon l’urban dictionary, un Tony Romo, dont je n’aurais qu’un geste à faire pour cesser d’ignorer tout); comme genre, je ne pense pas que ç’ait plus grand avenir devant soi que le romanquête du sieur Bernard-Henry Lévy, mais le concept, ou du moins, le mot, ne laisse pas d’être rare, voire, j’en jurerais, un ἅπαξ en français. Ouah! Voilà qui, je sens ça, va rester le moment fort du jour! Il faut dire qu’entre la vérification, ce matin, que sur le sens de principe anthropique, j’avais à demi-raison contre un physicien d’envergure mondiale, et l’espèce de rage de bébé qui m’a saisi en m’avisant que j’avais mis à la machine à laver ma plus performante cigarette électronique, à quoi succède à l’instant le soulagement de la trouver rechargée, la concurrence était faible. Si, dans une heure, la batterie me pète à la gueule, me procurant cette cécité que j’ai cessé de redouter, alors oui, le moment fondateur du romoments sera éclipsé; mais à l’heure qu’il est, il enfoncerait même une rétention nocturne le jour de grève du SAMU. Vous pourriez m’objecter que voilà bien du bruit pour peu. Savoir? Évidemment, à ce point de désarticulation, ce ne sera plus du roman du tout, pas plus que ne sont musique les détraquements pour snobs des neuf dixièmes de la casse-ouïe contemporaine; mais ce qui n’est pas roman devient, étiqueté tel, le plus original d’entre eux. Exactement, me semble-t-il ce dont j’ai besoin pour commencer mes journées, et, prospectivement, pour garder le cœur de leur donner un prix, alors que je suis fatigué à la mort des sempiternelles récapitulations de mon journal intime, qui se veulent tournées vers des solutions, et n’en accrochent pas la queue d’une. Je pressens que cette fois, c’est un fer neuf qu’on a inopinément mis au feu, et mon cœur chante l’air des clochettes. LE 23 décembre 2018, TROU A CRÉÉ UN GENRE? Du tout, mais plus important que ça, peut-être : une manière d’attaquer la vie. De lui donner du prix, ou de le dégager –sans effort de “pensée positive”, et sans tricher, de préférence, à moins que mentir un peu ne me facilite les choses. La journée la plus étale a ses moments forts, le risque est d’évidence de perdre tout son temps à s’étudier, et de fausser les données de la sorte (dans quel polar la femme d’un juge, je crois bien, passe-t-elle donc strictement tout son temps à remplir son journal intime? J’aurais dit Lehane, mais apparemment non, et Internet n’aide guère à répondre à de telles questions : ça me reviendra… ou pas), mais rien de plus bref pour un sédentaire que de jeter sur une feuille volante toutes les candidatures au GM du jour. La question du critère se pose d’emblée, et il ne va pas sans dire que l’émotion soit le meilleur : elle n’est pas toujours mesurable, et surtout survient trop souvent pour des broutilles infimes et infâmes : il me semble qu’on peut laisser intervenir l’esprit critique et s’efforcer d’élire le “moment fort” le plus intéressant, pour donner une certaine variété à cet ouvrage, dont on ne peut savoir où il va nous mener. C’est sa séduction, ou une de ses séductions, en tout cas le trajet n’est pas prévisible dans le détail, la question des synthèses, au moins partielles, se posera tôt ou tard, et il paraîtrait plus souhaitable de sortir de cet Inventaire que de le prolonger. Mais on y étouffe! Et si l’on sent bruire une brise par cette brèche… Pourquoi pas essayer?

 

[1] Quant aux actes, en dépit de quelques abominations surmédiatisées, je tends à penser que la férocité, même sans témoin, décline, au moins en occident, peut-être faute de circonstances favorables et de prétexte sanctifiant : il faut de nos jours être un scélérat d’exception pour perpétrer des atrocités qui allaient de soi pour le soudard moyen au temps des guerres de religion. Et non, la contradiction ne m’échappe pas. Mais nul n’ira soutenir que « Brûler, violer, torturer, massacrer » soit le message du Christ!

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